La première étape de ce cheminement des décryptages alchimiques nous conduira à nous intéresser de plus près aux serveurs. En passant de l’un à l’autre, vous naviguiez, en effet, sans le savoir, dans un très probable réseau de symboles alchimiques.
Considérons ainsi la lettre Delta, qui est celle du premier serveur accessible. Parmi ces nombreuses significations, la lettre Delta, si on la voit comme un triangle, peut désigner, en alchimie, le feu (un des quatre éléments). Le Delta peut aussi symboliser le principe alchimique du Soufre, à condition de lui associer une croix.
Quant à la lettre Thêta, si son origine est liée au dieu Toth, qui est l’ancêtre de Trismégiste, elle symbolise en Alchimie le principe du Sel. Rappelons, pour précision, que les principes alchimiques du Mercure, du Soufre et du Sel, ne sont pas des matières. Le Mercure représente le principe passif, le Soufre représente le principe actif, quant au Sel, il représente le principe médian, intermédiaire entre les deux précédents. Ainsi, le Mercure pourrait être la matière (principe féminin, passif, un peu à la manière du Yin), cependant que le Soufre est la forme (principe masculin actif, tel le Yang), et le Sel est le mouvement, principe médian qui permet au Soufre de donner à la matière toutes les formes qui sont celles de la Création. Voilà pourquoi on parle de principes, et de mercure philosophal, soufre philosophal et sel philosophal, pour les distinguer des composés chimiques ordinaires.
Les lettres Lambda et Sigma n’ont pas de significations alchimiques propres, mais elles pourraient correspondre à la sentence alchimique (d’origine rosicrucienne)
Deus Lux Solis, en abrégé D.L.S., qui se transcrirait Delta Lambda Sigma en grec.
Mais quoi qu’il en soit de ces spéculations, l’intérêt des serveurs est leur nombre : cinq. Celui-ci correspond aux cinq éléments chinois. Ce que, cependant, beaucoup de personnes ignorent est qu’il existe un cinquième élément dans la tradition alchimique occidentale, qui s’ajoute aux quatre connus (eau, terre, air, feu) : il s’agit de la quintessence (quinte essence = la cinquième essence, ou élément). La quintessence est, de fait, considérée en alchimie comme l’union ou la résultante des quatre premiers éléments. Voilà qui explique d’ailleurs son sens dans le langage courant, la quintessence étant l’expression la plus achevée, la plus condensée, d’une chose. D’ailleurs, de même que les Chinois attribuent au cinquième élément la position du centre, de même les Alchimistes occidentaux attribuent à la quintessence la position centrale d’une croix dont les quatre extrémités seraient les quatre éléments. Ainsi est donc symbolisé le fait que la quintessence résulte de la conjonction, ou de l’union, des quatre éléments.
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Air |
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| Eau |
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Feu |
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Terre |
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Dans le projet .hack, la quintessence est, bien sûr, le serveur Oméga. Dernière lettre de l’alphabet grec, symbolisant donc l’aboutissement de toute chose, voilà qui explique pourquoi elle fut employée dans la célèbre phrase du Christ : « je suis l’Alpha et l’Oméga », ce qui signifie « je suis le début et la fin, je suis le Tout » (et donc : « je suis Dieu »). Remarquons d’ailleurs que le projet .hack, aussi, va de l’alpha (premier serveur de la version bêta) à l’oméga. Ce qui ne signifie point que le projet .hack est Dieu, mais plutôt que le cheminement des serveurs, de l’alpha à l’oméga, est celui de l’émergence d’une divinité (Aura).
L’Épitaphe du Crépuscule
L’Épitaphe du Crépuscule, la pierre angulaire de The World, est un texte qui, à bien des égards, possède tous les traits des textes ésotériques mythiques. Non seulement sa créatrice nous fut ravie par le Ciel, elle n’est donc plus là pour l’expliquer. Mais, de plus, l’Épitaphe n’existe plus, désormais, qu’en morceaux fragmentaires, dont l’authenticité est parfois sujette à caution. Qui donc connaît réellement l’Épitaphe du Crépuscule ? Qui donc est assuré de l’authenticité des fragments épars qui traînent sur le web ? Qui donc, sinon des Initiés, tels les Alchimistes d’antan...
De fait, l’Épitaphe du Crépuscule rappelle, à bien des égards, un des textes fondateurs de l’alchimie occidentale : la Table d’Émeraude. Il s’agit d’un court texte, qui existe en plusieurs versions (telle l’Épitaphe), et dont la légende veut qu’il fût découvert dans le tombeau de Trismégiste, gravé sur une émeraude. Trismégiste étant ici considéré comme un roi très sage, un prophète, et non un dieu. Or, un texte découvert dans un tombeau fait aussitôt songer à une épitaphe, qui est un texte d’hommage à un défunt, souvent gravé sur le tombeau dudit défunt.
De plus, de même que l’original de l’Épitaphe du Crépuscule est perdu, de même celui de la Table d’Émeraude (la version la plus ancienne est contenue dans un traité arabe du VIIIe siècle, le Livre de la Création, alors que l’original date probablement des trois premiers siècles de l’ère chrétienne).
Enfin, tout comme l’Épitaphe du Crépuscule, la Table d’Émeraude est connue par plusieurs versions. Voilà pour la forme.
Quant au fond, au contenu des deux textes, on peut aussi discerner une très grande proximité. Certes, l’Épitaphe du Crépuscule est un long poème épique et mystique, alors que la Table d’Émeraude est, dans sa forme la plus ancienne, un très court texte qui ressemble plus à un livret d’explications un peu abscon. Mais là n’est pas l’important. L’important est la signification symbolique des deux textes. En effet, tout comme la possession de la Table d’Émeraude, et son étude, sont censés vous donner les clés de ce monde, de même la connaissance de l’Épitaphe est indispensable à la bonne compréhension de The World (Le Monde, en anglais), et à la résolution de ses énigmes.
L’Anneau du Nibelung et l’Alchimie Spirituelle
L’Anneau du Nibelung est, avec la civilisation celte, une des bases de l’inspiration du projet .hack. Ainsi, Sieg, personnage de Liminality, tire son nom de Siegfried, le héros de la Tétralogie, la Lance de Wotan, instrument d’AI Buster, provient de cette même Tétralogie, et ici et là se trouvent placés d’autres références. Emma Wielant et Harald Hoerwick, tous deux allemands, et l’origine allemande de l’Épitaphe, pourraient aussi se fondre dans cette inspiration « germanique » qui est celle de l’Anneau du Nibelung. On pourrait néanmoins remarquer qu’il existe une grande proximité entre les mythologies germanique et celte. Ainsi la lance de Wotan trouve son pendant dans la lance de Lug, dieu celte. Les deux inspirations sont donc cousines.
Quoi qu’il en soit de la proximité des deux mythologies, aucune source n’atteste une origine alchimique à l’opéra de Wagner. Pourquoi donc, me demanderez-vous, en parler ici ?
Mais, parce que la Tétralogie de Wagner, et avec elle la légende originale, peut parfaitement s’interpréter comme une légende alchimique. De quoi est-il question ? De l’or du Rhin, que gardaient les ondines, et qui fut volé par le nain Alberich. De là s’ensuivirent une série de péripéties et de luttes qui devaient aboutir au Crépuscule des Dieux, et à la libération de l’homme, symbolisée par la victoire de Siegfried. À y regarder de plus près, cette légende possède une symbolique alchimique très claire.
Pour la comprendre, néanmoins, il faut se référer à l’alchimie spirituelle, et la distinguer clairement de l’alchimie matérielle. Cette dernière est celle que tout le monde connaît, et qui est popularisée au travers d’une multitude d’oeuvres, et qui consiste à obtenir de l’or. L’alchimie spirituelle est toute différente, et on pourrait la décrire comme une philosophie expérimentale de sagesse. Ainsi, lorsqu’il évoque l’or, l’alchimiste qui suit la voie spirituelle n’évoque pas le vulgaire métal, mais l’or des philosophes, c’est-à-dire la connaissance supérieure, celle de la libération de notre état de créature déchue et pécheresse pour accéder à un état quasi-divin, celui d’Adam avant la Chute, celui auquel promet l’enseignement du Christ, considéré donc comme le Premier Adepte. Notons d’ailleurs que ce principe fonctionne d’ailleurs parfaitement en contexte musulman, puisqu’il existe une alchimie musulmane extrêmement prolifique. Il suffit juste de rajouter Mahomet dans le système, comme nouveau prophète de la Voie spirituelle, le Coran étant alors à lire de façon allégorique et non à la lettre. Mais on peut tout aussi bien se référer à une alchimie spirituelle qui ne soit ni chrétienne, ni musulmane, il suffit pour cela de se restreindre à son essence même.
L’Alchimie spirituelle est donc la voie qui nous invite à, et nous enseigne comment, défaire notre esprit et notre âme de la lourdeur du plomb, pour gagner l’éclat lumineux de l’or. Telle est, en vérité, le sens de la transmutation du plomb en or, qui s’opère par le biais de la pierre philosophale, et non une vulgaire opération matérielle. En effet, dans pierre philosophale, beaucoup semblent avoir oublié l’adjectif qui qualifie la pierre : philosophale. Un nom qui découle de philosophie : l’amour du savoir (et non des richesses matérielles). Le véritable alchimiste, donc, lorsqu’il évoque le « travail sur la pierre », ne parle pas d’une opération matérielle sur une pierre réelle, mais du travail qu’il faut accomplir sur soi-même (la pierre). De même, le Grand Œuvre, qui se scinde en œuvre au noir, œuvre au blanc, puis œuvre au rouge, n’est que l’expression du lent et laborieux travail qui doit être accompli sur son esprit pour parvenir à l’âme parfaite, les opérations de dessiccation, purification et sublimation qui reviennent constamment dans le Grand Œuvre n’étant qu’une allégorie transparente d’un travail expérimental aussi bien psychologique que spirituel.
Voilà donc pour l’Alchimie Spirituelle. De fait, sous les dehors d’une légende assez classique, c’est une trame voisine que nous pouvons découvrir dans l’Anneau du Nibelung.
En effet, tout d’abord nous pouvons découvrir que les éléments de l’alchimie sont tous rassemblés dans la légende de l’Or du Rhin. L’or (la connaissance) n’était-elle pas dissimulée au sein du Rhin (l’Eau), et fut dérobée par un nain (créature de la Terre), venant donc à l’Air, pour être ensuite forgé (opération impliquant le Feu), par ce même nain, en un anneau qui représente donc la résultante des quatre éléments : la quintessence.
Quant à Siegfried, ce parangon de l’homme combattant le Destin, n’est-il pas un symbole de l’Adepte, autrement dit l’Alchimiste ? On peut voir dans ses nombreux combats pour obtenir l’anneau-quintessence le modèle même des longues et laborieuses recherches de l’Alchimiste pour dépasser sa condition. Sa victoire finale contre les dieux, représente celle de l’Initié se débarrassant de la pesanteur du plomb des anciennes superstitions et des faux raisonnements (les anciens dieux), pour accéder à l’éclat lumineux d’une âme pure et libre (l’anneau d’or).
Ainsi est donc Kite, le nouveau Siegfried, qui d’abord néophyte, finira par triompher des chaînes qui entravent son âme (les Phases, qui ont des allures de démons intérieurs) pour, nouvel alchimiste, libérer l’or de la connaissance : Aura (aurum, en latin = or).