Timeline .hack
L’Alchimie, Clé Ultime du Projet .Hack
Il était une fois... l’histoire d’un secret si bel et bien enfoui par ses créateurs qu’il semblait bien qu’il ne dut apparaître personne pour le découvrir un jour, alors même que ses créateurs avaient disséminé des indices dans l’espoir qu’il fut, justement, découvert un jour.
Cette histoire, vous l’aurez compris, est celle de l’Alchimie dans le Projet .Hack, ainsi d’ailleurs que celle des Tarots (qui feront l’objet d’un autre article).
Ainsi donc, l’Alchimie structure l’ensemble du projet .hack, et personne n’en savait rien. Pourtant, il « suffisait » de décrypter le véritable sens de deux personnages afin de découvrir le « pot aux roses » (noires ?).
Mais, et c’est là que se trouve la difficulté majeure, ces deux personnages sont en vérité mineurs dans la saga .hack. De plus, il faut soit posséder une excellente connaissance de l’Alchimie, soit être un peu versé dans le Grand Art, mais aussi avoir plus que quelques notions de littérature irlandaise. Une combinaison, vous l’avouerez, qui ne court guère les rues. Moi-même, bien que point totalement inculte, je serais complètement passée à côté de cette découverte majeure, si je n’avais commis... une erreur. Mais bien qu’erreur, celle-ci devait se révéler lumineuse.
 
Une lumineuse erreur
Tout commença par la lecture de mon Dictionnaire des Symboles, qui m’apprenait que le cerf-volant est un symbole alchimique, celui de l’élévation du cerf-mercure (le cerf étant le symbole du Mercure philosophal, c’est-à-dire du mercure utilisé par les alchimistes, et il est alors associé à la licorne qui symbole le Soufre, cependant que la forêt où évolue les deux bêtes symbolise le Sel : sel, soufre et mercure sont trois éléments de base du Grand Œuvre alchimique). Kite signifiant cerf-volant en anglais, j’en déduisis donc que le choix ce nom pour le héros des jeux .hack signifiait une origine alchimique de ce nom plutôt étonnant pour un héros. Mais il s’agissait probablement d’une erreur d’interprétation, car le mot anglais kite n’a pas le même sens alchimique que le mot français cerf-volant.
Néanmoins, cette erreur initiale devait m’amener à faire quelques recherches pour étayer ce qui n’était qu’une hypothèse. Et c’est ainsi que je fis un ensemble de découvertes, qui ne souffrent aucune contestation, et nous assurent que l’Alchimie est bel et bien la connaissance cachée qui explique l’ensemble des mystères du projet .hack, ainsi qu’une partie de sa genèse.
Et nous en revenons à ces deux personnages qui, à eux seuls, nous révèlent la clé alchimique du projet .hack : Trismegistus, et de W.B. Yeats.
 
Le dieu des connaissances dissimulées
Trismegistus, qui vient du surnom d’Hermès Trismégistès (Hermès « le Trois fois Très Grand »), est le titre du quatrième Liminality. Intitulant le dernier épisode de la série, celui qui accompagne la fin des jeux, celle où se font les révélations ultimes, mais contenant aussi en son sein des explications bonus et cachées (les ‘œufs de pâques’), il est clair que ce nom n’a pas été choisi au hasard.
En effet, Hermès Trismégiste a donné son nom à une branche antique de l’ésotérisme : l’hermétisme. On peut même avancer que l’hermétisme est le père de l’ésotérisme moderne.
Dans la mesure où l’hermétisme est un ensemble de doctrines, thèses et révélations qui ne sont accessibles qu’à un petit nombre d’initiés (ceux aptes à obtenir et comprendre les textes hermétiques) et que cela explique le sens moderne du terme ‘hermétique’ [étanche (à la compréhension)], le nom de Trismegistus semblait avoir été correctement choisi pour le dernier Liminality. Cela semblait simplement signifier que dans ce dernier opus des OAV étaient révélés un certain nombre de secrets uniquement accessibles aux initiés (les joueurs qui avaient pu débloquer les œufs de Pâques), et que le projet .hack recelait en son sein des mystères parfois complexes à appréhender.
Voilà du moins ce que je pensais. Jusqu’à ce je reprenne mes recherches, et lise jusqu’au bout la longue fiche de l’Encyclopedia Universalis sur Hermès Trismégiste, laquelle m’apprit que le Trismégiste est considéré comme le père de l’Alchimie (par les Alchimistes eux-mêmes). À tel point que l’Alchimie est communément appelée « la science hermétique », ou « l’art sacré d’Hermès ».
De là, néanmoins, à considérer que le titre du quatrième Liminality (Trismegistus) est présent pour nous révéler que, si le Trismégiste est le père de l’Alchimie, alors l’Alchimie est la mère du projet .hack, il y avait tout de même un pas... que je franchis allègrement lorsque je découvris le titre d’un ouvrage universitaire consacré à un certain W.B. Yeats.
 
Un poète mystique
W.B. Yeats est un personnage apparemment mineur de la saga .hack. On ne voit pratiquement jamais le personnage de W.B. Yeats agir dans le jeu. On fait certes connaissance d’un personnage qui se révélera être Yeats (dans AI Buster vol. 1), puis avec la personne réelle qui se trouve derrière W.B. Yeats (dans AI Buster vol. 2), on lit quelques uns de ses poèmes, mais c’est tout. Cependant, W.B. Yeats est toujours là lors de La Légende du Bracelet du Crépuscule. De même, W.B. Yeats était déjà là lors de Fragment, la version bêta de The World.
Un personnage mineur, donc, mais qui en connaît beaucoup, et demeure toujours là, présent, en arrière plan, telle une ombre. Or, en vérité, W.B. Yeats, le poète et non le personnage de The World, est la clé de voûte de l’ensemble du projet .hack. Et cela, j’en fis la découverte en même temps que je découvrais cet ouvrage universitaire au titre plus que révélateur : Yeats and Alchemy.
Cet ouvrage m’apprit que l’œuvre de Yeats opère la fusion entre le renouveau du celtisme (un de ses recueils de poèmes se nomme The Celtic Twilight : Le Crépuscule Celtique), le christianisme, et l’alchimie, qui est elle-même l’élément qui unit les deux précédents. Or, The World, c’est exactement cela : des éléments celtiques, et quelques éléments chrétiens. Et le nom de W.B. Yeats, dont les créateurs de .hack nous apprennent qu’il est toujours présent en filigrane(via les chronologies), est là pour nous révéler que ce qui unit ces éléments disparates, c’est l’Alchimie. Ainsi est formé et révélé un tout cohérent, qui ne l’était point auparavant.
Vous me direz que, dans le projet .hack, il est aussi... des éléments japonais. C’est fort vrai. Et je pourrais alors simplement vous rétorquer que ce n’est rien que de normal pour un projet d’origine japonaise, qui devait d’abord être vendu aux Japonais. Néanmoins, je ferais mieux encore, en vous apprenant que W.B. Yeats s’était intéressé au théâtre japonais Nô, ce qui est le premier point. Et le second est qu’il existe une alchimie chinoise, or le Japon ancien fut très fortement influencé par la culture chinoise (d’où proviennent le Yin et le Yang, ou la théorie des cinq éléments, qui sont en fait des éléments de l’alchimie chinoise, laquelle d’ailleurs est très proche de l’alchimie occidentale dans ses méthodes et ses concepts).
 
Les révélations d’AI Buster
Nous trouvons d’ailleurs un exemple éclairant de cette synthèse entre Alchimie occidentale et extrême-orientale dans AI Buster. Cette œuvre, qui semble a priori légèrement mineure dans la galaxie .hack, est en réalité une mine de clés pour décrypter tous ses secrets.
[Attention, ce qui suit constitue un ensemble de révélations sur AI Buster, ne le lisez pas si vous ne souhaitez pas vous priver du plaisir de la découverte en lisant le livre]
Ainsi en est-il lorsqu’Albiréo, personnage principal d’AI Buster, explique l’origine de son pseudonyme à Hokuto. Il nous expose ainsi qu’il lui a fallu trois jours pour trouver ce nom, car les noms pour lui sont très importants. Ce qui est une façon de nous apprendre que ceux de .hack ont été aussi soigneusement pensés et choisis. Ensuite, il nous explique qu’Albiréo est une étoile binaire (étoile double) de magnitude trois, appartenant à la constellation du Cygne, d’où son nom de Beta Cygni (Bêta du Cygne), et qu’il a tiré ce nom d’une œuvre japonaise : Train de nuit pour la voie lactée, de Kenji Miyazawa. Or, la biographie de Miyazawa nous apprend qu’il était profondément bouddhiste, et qu’il conçut Train de nuit pour la voie lactée comme une allégorie du voyage de l’âme. C’est là déjà un premier code : de même que Kenji Miyazawa a construit une œuvre à clés, de même est AI Buster et le projet .hack.
Aussi, ne serons-nous pas étonnés de découvrir que, dans le langage alchimique, le cygne désigne le mercure, principe fondamental de l’Alchimie, ainsi que nom romain du dieu Hermès, père de l’Alchimie sous le nom de Trismégiste.
Enfin, tout aussi révélateur est le fait que ces révélations d’Albiréo sont délivrées à Hokuto, qui est en réalité W.B. Yeats, mais sous une autre identité. Nouvelle démonstration, à l’usage des initiés, de ce qu’est le projet .hack : un jeu de masques, où la vérité alchimique se dissimule derrière les apparences (d’un conte, d’un jeu, d’un anime...).
Et, clé encore plus explicite, est le nom du chapitre où tiennent lieu ces révélations : Aire.3 Alchimie. Comment être plus clair ?
Au final, se trouve donc révélé, dans une courte scène, l’ensemble des clés de lecture du projet .hack. Le tout pouvant être considéré, par ailleurs, comme une synthèse, certains diraient aujourd’hui une alchimie, entre une philosophie orientale, le bouddhisme, et le celtisme et l’alchimie occidentale.
 
Sancta Alchemica Trinitas
Parvenus à la conclusion de ces révélations sur Trismegistus et W.B. Yeats comment dès lors douter que l’Alchimie est bel et bien la clé de voûte philosophique du projet .hack ?
Certains le pourraient sans doute, mais chez moi, comme chez vous sans doute aussi, 1+1+1, cela produit encore 3. Le chiffre trois, abondamment utilisé au sein du projet .hack, se trouve, d’ailleurs, être un chiffre fétiche des alchimistes. S’il est important dans nombre de religions et civilisations, le chiffre trois est, pour les alchimistes, le chiffre de la totalité.
Ainsi sont au nombre de trois : les principes qu’il faut travailler pour découvrir la pierre philosophale, et les étapes de ce travail alchimique (les trois œuvres : œuvre au noir, œuvre au blanc, œuvre au rouge). De même, l’on pourrait considérer, du point de vue d’un alchimiste, que la Sainte Trinité n’est que l’illustration de ce concept alchimique du trois, chiffre de la totalité. Et ce d’autant plus que la première élaboration du concept de Sainte Trinité fut l’oeuvre d’un théologien chrétien d’Alexandrie qui fut plus tard taxé d’hérésie. Or, qu’est Alexandrie, sinon la mère patrie des Alchimistes et d’Hermès Trismégiste (qui est une fusion de l’Hermès grec et du Toth égyptien) ?
Notons, enfin, au passage, que pour les alchimistes le Christ est le Premier Adepte, ce qui signifie soit qu’il fut le premier alchimiste, soit un modèle pour les alchimistes. De ce fait, pour nombre d’alchimistes médiévaux, la science alchimique était perçue comme la plus parfaite des voies de réalisation chrétienne (mais ici, il faut distinguer entre l’alchimie spirituelle, qui est une sorte de philosophie, et l’alchimie matérielle).
Quoiqu’il en fut de la Sainte Trinité et du Christ, vous remarquerez que les révélations d’AI Buster respectent parfaitement l’importance du chiffre trois. N’a-t-il pas fallu trois jours pour trouver le nom d’une étoile de magnitude trois, le tout révélé au sein de l’Aire.3 ? Le chiffre trois répété trois fois, une autre lecture du nom Trismégiste (trois fois très grand : trois fois la totalité) ?
 
Étant admis, donc, que l’Alchimie constitue le socle spirituel et symbolique du projet .hack, cherchons à décrypter et analyser les éléments qui en relèvent.
Mais, pour ce faire, nous allons ouvrir une nouvelle page du Grand Livre de l’Alchimie Dothackienne...