Timeline .hack
Dans temps second, les Questions-Réponses de la partie .Hack du site de la CC2 s'ornèrent du bandeau que voici. Les caractères en rouge se lisent « Natsume-tsuchi », et signifient à peu près : « Madame Natsume ». En effet, il s'agit bien de la petite Natsume des jeux .hack.
Si certains doivent se réjouir de voir le très spécial Piros/Piroshi remplacé par la douce et naïve Natsume, nombreux seront ceux qui se demanderont pourquoi diable la CyberConnect2 choisit pour remplacer un personnage loufoque, parfois horripilant, et mineur, par un personnage charmant et naïf, mais tout aussi mineur dans le jeu...
À cela, il n'est bien sûr aucun mystère. Du moins pour celui ou celle qui aura pris la précaution de faire un petit détour par le Japon. Pour les autres, la suite et l'illumination, c'est juste après...
Natsume, une miss qui n'en est pas une...
Si l’identification entre Piroshi et Hiroshi Matsuyama est l’évidence même, et point difficile à trouver, celle qui lie la charmante et naïve Natsume au même Matsuyama-san réclame soit de profondes connaissances en littérature japonaise, soit un coup de chance, pour être découverte.
Natsume City...
Dans mon cas, ce fut un coup de chance. Ou presque... car je menais des recherches assez poussées pour découvrir tout ce que je pouvais sur Matsuyama. Et c’est ainsi que je découvris un article de wikipédia (en anglais) sur la ville de Matsuyama, principale agglomération de l’île de Shikoku. Un article qui m’apprit qu’un personnage de fiction dénommé Botchan était honoré partout où il se pouvait dans la ville : plaques commémoratives, nom de rues, statues, squares, etc.. Et pourquoi donc ? Parce que les aventures de Botchan, du roman du même nom, se déroulent à Matsuyama. Or Botchan, écrit en 1906, est un roman populaire, un classique de la littérature japonaise, et son personnage aussi célèbre que Tom Sawyer aux États-Unis ou Cosette en France. Mais quant au rapport avec Natsume me direz-vous ? Il est simple :  Botchan est une création du grand Natsume Sôseki.
En l’occurrence, Natsume est donc un nom de famille (qui s’écrit à l’aide de trois kanji). Transformé en prénom, il ne pouvait donc désigner qu’une fille, puisque, a priori, Natsume est un prénom exclusivement féminin.
 

Blason de
Matsuyama City
 

Fleur de la ville :
Le Camélia
Botchan
Prenant mon ouvrage à cœur, j’ai lu Botchan. Si...
Et, au final, il faut bien convenir qu’il existe quelques similitudes entre Botchan et Natsume. Les deux sont naïfs, d’humeur toujours allante, pas forcément très futés (mais cela va de pair avec la naïveté), peu doués pour les grands discours, et, si l’on considère que Natsume participe à un jeu de combat, on pourrait aussi mettre en commun la combativité (dont ne manque certainement pas le sieur « Botchan »). Néanmoins, Botchan est totalement dépourvu de la douceur de Natsume (normal, c’est une fille, me direz-vous). Il est beaucoup plus rugueux, rêche, presque impoli. Il contraste d’ailleurs grandement avec le portrait stéréotypé que l’on se fait du Japonais tout en onctuosité et obséquiosité. En tout cas, du Japonais de cette époque... Détrompez-vous, Botchan n’aurait pas déparé pour un sou en Europe. C’est pourquoi, bien que les défauts du personnage principal m’aient rapidement tapé sur le système, et que j’ai failli ne pas finir le livre, j’en ai finalement retiré un grand plaisir. C’est non seulement très intéressant quant au portrait d’un Japon auquel on ne s’attend pas du tout, mais c’est aussi, finalement, d’une grande richesse humaine. Botchan se révèle être un justicier, un peu trop têtu et naïf, en un mot : soupe au lait, mais un justicier tout de même, et Courge Verte, Chemise Rouge, et Porc-Épic sont des personnages que vous ne serez pas près d’oublier.
De plus, et c’est d’ailleurs pourquoi je l’ai commandé sans hésiter, il n’est vraiment pas cher en édition de poche. Pour une somme modique, vous pourrez découvrir un classique de la littérature japonaise.
 
Pour conclure, il est cependant un détail extrêmement intéressant dans ce livre, un détail presque incroyable : le nom de Matsuyama n’y est pas cité une seule fois. Par contre, les noms de rues, de quartiers, la position de la ville par rapport à la mer, les noms de villages voisins (onsen et sanctuaires) sont donnés à profusion. Je suppose que, ces noms étant exacts, ce sont eux qui permettent d’identifier sans conteste la ville de Matsuyama.
Nous avons donc là une mise en abyme vertigineuse, puisque le lien entre Natsume et Matsuyama tient du jeu de billard à trois bandes : un auteur, qui a écrit un livre, qui se déroule dans une ville, dont le nom n’est cependant jamais nommé, qu’il faudrait donc deviner, telle une quête de jeu vidéo, et dont l’identité mystérieuse demeure telle une ombre en filigrane dans toute l’oeuvre.
 
Yama
Le lien entre Natsume et Matsuyama peut aussi se découvrir en filigrane dans le symbole qui barre son « pull-over » : trois pointes sous un bandeau central. À mes yeux, ces trois pointes renvoient à celle du kanji Yama, qui signifie « montagne ».
À simple titre de curiosité, on pourra remarquer que le hiéroglyphe pour désigner la montagne représente aussi trois monts. Non point que les kanji dérivent des hiéroglyphes (ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit), mais il s'agit du simple constat que les êtres humains, pour représenter des réalités semblables, ont finalement trouvé des symboles semblables, où qu’ils se trouvent sur Terre.
Quant au lien entre Natsume et le personnage qui lui donne son nom : Natsume Sôseki, un écrivain, on peut le découvrir dans son occupation dans le monde réel. En effet, Natsume est la responsable de la bibliothèque du collège où elle est élève.
Au final, nos deux héros, Natsume et Piroshi, finalement aussi naïfs l’un que l’autre, et Piroshi ayant peut-être hérité du côté insupportable de Botchan, représentent la totalité du nom de Matsuyama Hiroshi. Puisque Piroshi renvoie à son prénom, tandis que Natsume renvoie à son nom de famille...
Voilà donc, pourquoi, désormais, les F.A.Q. de la partie .hack du site de la Cyber Connect2 sont surmontées de l’étendard qui précède.
Et voilà certainement pourquoi certaines personnes, découvrant ce bandeau, ont cru que Natsume et Piroshi étaient des administrateurs de la C.C. Corp. (Virtuelle), sachant que Piroshi y est designer. C’est, en effet, une rumeur que l’on peut lire sur certains forums. Elle est bien sûr totalement infondée.