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Lycoris, fleur du crépuscule ?
Lycoris, gracieuse fleur fragile dont la corolle de sang trace les traits d’un destin tragique...
Telle pourrait être le portrait du personnage d’AI Buster. Telle pourrait être aussi celui de la fleur qui lui donne son nom.
En vérité, cependant, ce n’est pas du genre Lycoris, qui compte 10 à 12 espèces de vivaces bulbeuses, poussant sur les collines boisées ou dans les éboulis de montagne, à basse altitude, et à la lisière des champs cultivés, en Chine et au Japon, ce n’est donc point du genre Lycoris en général que la charmante et tragique IA tire son nom. Mais bien d’une lycoris en particulier : la lycoris radiata.
En soi, un surnom qui est déjà tout un programme, puisque, dans sa définition latine radiata, qui signifie « rayonnant, entouré d’un nimbe », n’est pas sans évoquer une certaine aura...
Cette fleur, dont les tons vont du rose pourpre foncé au rouge cramoisi, les Japonais la nomment
manjushage (nom dont la traduction est difficile à établir puisqu’il se compose de quatre kanji, littéralement : fleur, sable, joyau, magnifique).
À l’automne, elle tapisse les bords des routes et champs de tapis d’un rouge vif. Correspondant alors à la grande fête bouddhique des morts, la fête de l’Higan, cette irruption d’un rouge sanguin a valu à la fleur une aura funèbre. Communément dénommée l’higanbana (fleur de l’Higan), elle porte une série de surnoms lugubres, si nombreux d’ailleurs qu’elle est aussi surnommée « la fleur aux six cents noms ».
De tous ceux-ci, nous n’en retiendrons qu’un seul : sutegobana, la « fleur de l’enfant abandonné » (ou de l’orphelin). Un surnom qui, certainement, trottait dans la tête des créateurs de .Hack lorsqu’ils imaginèrent Lycoris, puisque c’est pratiquement ainsi qu’elle se surnomme : « celle dont même Dieu ne veut plus ».
Manjushage entre champs et forêts, teintent la nature japonaise d'une ombre rouge
Si nous devions, maintenant, nous tourner vers l’origine du nom lycoris, nous trouverions à nouveau le tragique, mais aussi, heureusement, l’aimable.
En effet, la seule attestation de ce nom réside dans l’histoire littéraire et poétique : il est le pseudonyme sous lequel Cornélius Gallus dédia ses poèmes enflammés à la mime Cythèris. Ce dernier nom, qui vient de Cythère, grand sanctuaire d’Aphrodite, déesse grecque de l’amour, convenait parfaitement à une saltimbanque de l’époque. Néanmoins, ni Lycoris ni Cythèris ne portèrent chance à Cornélius Gallus. Premier préfet de l’Égypte annexée par Auguste (premier empereur romain), il fut semble-t-il atteint de folie des grandeurs, et condamné à mort.
Quant au nom Lycoris, il est assez difficile de déterminer son sens exact. En grec, lycophos est le crépuscule (du matin ou du soir), mot qui provient de lyce (lukê), qui signifie « lumière » lorsqu’il est un radical, et de phos, qui signifie « qui porte ». Sachant que lukê signifie aussi « crépuscule », ou « crépuscule du matin », lycoris pourrait donc être un synonyme de lycophos. Cependant, il est une autre étymologie possible au mot lycoris (qui s’écrit en grec lukôris) et elle vient du mot lycos, qui signifie « loup ». Il existe d’ailleurs un lycô (lukô) qui se trouve être une variante de lycaina (louve), et qui est utilisée pour désigner la Lune.
Lycoris, fleur de la Lune ou fleur qui annonce l’Aurore ?